Informatique Sowebio

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Une société sans Microsoft ? — 1/3

Microsoft est un symbole parmi les plus grands acteurs du logiciel mondial. De ces GAFAM devenus, puisque la nature a horreur du vide, hégémoniques, omniscients et avides de l’or noir de ce siècle : les données personnelles.

Microsoft résume toutes les forces et faiblesses du modèle qu’il incarne. Toujours à l’écoute d’opportunités, capable de se réinventer, Microsoft est un succès durable. Nous avançons ci-dessous des explications sur cette réussite et quelques enseignements, comme utilisateur de ses solutions commerciales. Enfin, nous présenterons, en fin d’article, les alternatives proposées par le Logiciel Libre.

Qui est Microsoft ?

Microsoft est une société américaine, donc orientée vers le client. Elle ne vend pas de logiciels mais des solutions. Société commerciale, elle ne vend pas des solutions mais concède des licences. Société marketing, elle adopte des stratégies créatives, généralement supérieures à celles de la concurrence.

Toutefois, malgré des efforts incessants et même très anciens pour se rapprocher de la communauté des développeurs, Microsoft n’est pas encore une entreprise très appréciée des Geeks, même si son image tend à s’améliorer.

Microsoft est un chat

Bill Gates et Paul Allen ont eu une société avant Microsoft. Avec Traf-O-Data, ils tentèrent de produire des compteurs de véhicules. Cet échec leur permis d’en tirer des enseignements. L’un d’eux fut, des années plus tard, de proposer à IBM un système d’exploitation pour une licence de quelques dollars par PC.

Bien sûr, Microsoft n’avait pas rien de cette nature à vendre ni l’expertise nécessaire pour créer un tel système. Aussi, une fois le contrat signé, Microsoft acquit, pour une somme dérisoire, un petit système d’exploitation auprès d’une entreprise de Seattle.

En l’absence de toute compétence interne, elle loua ensuite les services du créateur de ce système pour les premières adaptations, puis le premier employé de la future multi-nationale, fraîchement engagé à cette fin, finalisa MS-DOS.

L’histoire se répéta plus tard, sous une forme plus glorieuse lorsque, parmi mille autres exemples d’acquisitions externes, l’entreprise investit plusieurs milliards de dollars pour développer le système Windows actuel, avec l’aide du créateur de VMS David Cutler.

L’une des forces de Microsoft est de connaître ses limites techniques. Capable d’identifier les bons produits et les bonnes personnes, Microsoft se donne ensuite la capacité d’acquérir les premiers et de séduire les seconds.

Sa capacité de revirement ou de préemption d’un mouvement extérieur est également proverbiale.

Se rappelle-t-on de MSN, autrement appelé Microsoft Network ? En cette ère pré-internet de la fin du siècle dernier, quelques réseaux de communication numérique privés cohabitaient sous les noms d’AOL, Compuserve ou Delphi. Ces services étaient en expansion et Microsoft investit énormément sur MSN pour créer son propre réseau. Le projet était d’incorporer MSN à Windows pour obtenir un avantage concurrentiel.

C’est à ce moment qu’Internet pris de l’ampleur.

Après avoir nié quelque temps un phénomène qui troublait ses plans d’expansion, Microsoft prit rapidement un virage à 180°, Windows devint le choix par défaut pour accéder à Internet et le portail et les services de Microsoft sur Internet prirent le nom de MSN.

Le projet initial de réseau MSN parti à la poubelle, suivi quelque temps après par ses ex-futurs concurrents AOL et Compuserve, qui n’avaient pas su se réinventer.

Cette agilité est toujours d’actualité. Microsoft est devenu un grand acteur du Cloud avec Azure, monopolise encore le marché des systèmes personnels avec un Windows 10 qui plaît et recycle Microsoft Office en Office 365, le SAAS étant, comme le Cloud, le moyen à la mode pour monétiser des services aussi basiques que l’écriture d’un courrier ou l’enregistrement de ses données.

Microsoft est un chat, qui a plus d’une vie et retombe toujours sur ses pattes.

La dépendance

Une autre force de Microsoft est la qualité de son Marketing et de son approche commerciale. La capacité de proposer ses produits et services gratuitement, puis à prix préférentiels, puis à plein tarifs, en fonction des circonstances socio-économiques et géographiques, afin de rendre l’utilisateur dépendant de ses solutions.

• Des solutions imposées

Un exemple de cette situation est la vente liée de Windows avec un PC, interdisant une « concurrence libre et non faussée » pour reprendre un gimmick européen. La licence Windows est vendu à prix cassé au constructeur et ce dernier pré-installe Windows avec tous les logiciels Microsoft associés. L’utilisateur final s’habitue à n’utiliser que des logiciels Microsoft sur un système Windows.

• Une dépendance scolaire

Les accords préférentiels avec les ministères chargés de l’éducation de nombreux pays procèdent de la même démarche. Les enfants s’habituent aux systèmes Windows et aux logiciels Microsoft. Futurs consommateurs, ils développent des réflexes d’accoutumance qu’ils reproduiront à l’âge adulte.

• Une dépendance professionnelle

Entreprise ubiquitaire, Microsoft accompagne l’essor de l’informatique comme système nerveux de l’entreprise. Souvent, les directeurs informatiques ont le réflexe de choisir Microsoft par défaut car, en cas d’échec, rien ne pourra leur être reproché : ils avaient choisi le leader du marché.

Cette domination universelle est liée au système Windows. Tout découle de son installation systématique et de ses qualités intrinsèques : il est disponible sur tous les matériels et maintient une très bonne compatibilité logicielle entre ses différentes versions.

L’agilité suprême

Dernier revirement en date de Microsoft : le Logiciel Libre.

Autrefois qualifié de cancer par Steve Ballmer, le Logiciel Libre est désormais au cœur de la stratégie de l’entreprise, avec des rachats nombreux et la libération de certains produits ou composants logiciels Microsoft.

La boucle semble bouclée, les fondamentaux de Microsoft sont aujourd’hui revisités et son patron actuel, Satya Nadella, a même renouvelé favorablement l’image de l’entreprise. Bill Gates et Paul Allen ont eu un bel enfant. Ils ont su également créer un esprit. 1 et 1 égale 3. Et pas seulement en binaire.

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